Pourquoi est-ce si gratifiant de travailler sur un projet à long terme tel que les MGF ?
« Travailler sur des projets à long terme permet d'acquérir une compréhension bien plus large d'un sujet. Cela vous permet également de continuer à documenter une personne, une communauté ou un phénomène, et de suivre l'évolution de la situation. Comme j'ai principalement travaillé sur les activistes locaux lors de mon projet MGF, cela m'intéresse de voir comment les acteurs du changement locaux vont de l'avant. Beaucoup d'activistes sont devenus mes amis, auxquels je rends visite souvent. C'est l'aspect le plus gratifiant de mon travail : assister à la transformation de chacun par le biais de l'activisme. »
Quand choisissez-vous de photographier en noir et blanc au lieu de la couleur ?
« Je suis tombée sous le charme du noir et blanc et j'ai appris à réfléchir en noir et blanc en termes de lumière. Pour moi, le noir et blanc est bien plus naturel. D'un autre côté, je vis dans un monde en couleur. Lorsque les appareils photo numériques sont sortis, j'ai été également fascinée par la couleur. Je définis le style d'image en fonction de chaque projet spécifique. Je prends ma décision en réfléchissant au style qui conviendra le mieux au récit que je raconte. Lors de mon premier documentaire sur les MGF au Kenya, où je devais photographier le rituel lui-même, j'ai décidé de choisir le noir et blanc, pour faciliter l'approche du sujet et le rendre plus apaisant. Je ne voulais pas choquer avec des images en couleur. »
Qu'est-ce qui vous motive dans votre travail et à documenter les histoires des sujets que vous choisissez ?
« Comprendre l'humanité, partager les histoires de changement et sensibiliser autant de pays et de cultures que possible. Nombreux sont les droits de l'homme et les violations de ces derniers qui nous concernent tous. Par exemple, les hommes doivent également se préoccuper et prendre des mesures concernant les droits des femmes. Ces actions ne peuvent pas être réalisées individuellement, elles nécessitent un mouvement international au sein duquel chacun doit tenir un rôle. Il en va de même pour la crise climatique. Quand allons-nous commencer à défendre collectivement les droits de la nature comme nous le faisons pour les droits de l'homme ? C'est notre prochain objectif commun. »
Selon vous, où s'arrête la ligne entre journalisme et activisme ?
« J'ai toujours été activiste. Je l'étais déjà avant de devenir photographe. L'activisme tient donc une place importante dans ma personnalité, ma motivation et mon inspiration. Mais pour travailler sur un sujet de façon professionnelle, vous devez mettre de côté vos propres croyances, objectifs et solutions. Faire preuve de responsabilité est primordial en photojournalisme, pour montrer différents aspects, angles et perspectives. À l'inverse, en tant qu'activiste, vous devez aller au cœur du problème. Il ne suffit pas de défendre ou de lutter contre quelque chose, vous devez d'abord essayer de le comprendre. Ma vision de l'activisme n'est pas d'orienter les esprits vers une direction prédéterminée, mais de susciter la réflexion. Pour moi, il n'existe pas de conflit entre journalisme et activisme, car les deux thèmes ont la même finalité. Partager des récits et des informations nous oblige à nous poser des questions essentielles et à identifier des passerelles pour créer davantage d'acceptation, de solidarité et de compréhension. »
De quel équipement Canon ne pourriez-vous pas vous passer, et pourquoi ?
« Un objectif 24-70 mm m'accompagne depuis le tout début de ma carrière, et je compte sur lui comme sur un vieil ami. J'adore la polyvalence du Canon RF 24-70mm F2.8L IS USM : il me permet de capturer des scènes larges, mais aussi de me rapprocher des gens et de leurs histoires. Pour les portraits, j'apprécie particulièrement de travailler entre 50 et 70 mm. La qualité d'image et les performances en basse lumière sont excellentes. Après toutes ces années, c'est toujours l'objectif auquel je fais le plus confiance. »
Que pourrions-nous découvrir d'autre dans votre équipement qui vous aide à sublimer votre travail ?
« Un carnet et un stylo. Dans mon travail documentaire, j'ai toujours un carnet sur moi pour noter mes observations, des détails sur les personnes que je photographie, ainsi que nos conversations et mes entretiens avec elles. J'adore écrire à la main, et j'accorde beaucoup d'importance au temps que je consacre à écouter et à noter l'histoire de quelqu'un, souvent avant même de prendre mon appareil photo. Pour moi, la photographie commence bien avant que la première photo ne soit prise. »